La Région Ile-de-France déclare la guerre aux discriminations. Point d’orgue de son action, la Semaine de l’égalité, du 1er au 6 décembre 2008. Durant ces six jours, plus de 170 initiatives ont été menées, 110 partenaires mobilisés dans 47 villes et 8 départements, sous le slogan « Les discriminations c’est non ! ». A cet égard, le département de la Seine-Saint-Denis, le « 9-3 », est précisément victime de regards discriminants. A Aulnay-sous-Bois, théâtre d’émeutes à l’automne 2005, la population de la Cité de l’Europe, des Etangs et des Merisiers ne supporte plus d’être trop souvent mal aimée. Surtout, elle souhaite que soit retissé le lien social, garant d’un avenir partagé. Sous la houlette d’Aminata Diawara et de Cyr Pengue, le Centre social Les Trois Quartiers s’y emploie. Le 5 décembre, il organisait une projection-débat autour du film américain « Collision », traitant des tensions intra et inter-communautaires aux Etats-Unis. Des scènes terribles qui font écho, malgré de grandes différences, à la situation qui prévaut en France. Invitée de cette soirée, Fadila Mehal, présidente des Marianne de la diversité.

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La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (Halde) – paradoxalement absente sur ce territoire – a retenu 18 critères d’infraction à la loi, de l’âge à l’orientation sexuelle, en passant par le handicap ou l’appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation ou une race. Lutter contre les discriminations, réduire ces injustices qui nuisent au vivre ensemble, oui mais comment ? Pour Fadila Mehal, il faut d’abord en parler afin de lever le tabou. Et les habitants d’Aulnay ont pris la parole pour dire leur quotidien semé d’embûches. C’est à un échange riche, parfois passionné, que s’est livrée la soixantaine de participants de la soirée. Il y a quelques années, les discriminations étaient en général perçues comme une simple vue de l’esprit. Pire encore, on reprochait aux personnes issues de l’immigration ou d’origine étrangère qui éprouvaient des difficultés à s’intégrer d’être responsables de leur infortune. Même pour la quatrième génération d’aujourd’hui, les handicaps perdurent en se cumulant. Selon un sondage, 37% des Français considèrent que le rapport à l’égalité est problématique dans l’Hexagone. « L’égalité est battue en brèche, elle est formelle mais pas réelle », s’indigne Fadila Mehal. La façon dont un Français noir ou arabe, de confession musulmane ou autre, est regardé par ses concitoyens « de souche » le rend justement prisonnier de cette représentation qui le stigmatise. Mais les discriminations s’abattent également sur les femmes, les homosexuels, les handicapés ou encore les personnes en surpoids. « C’est le regard qui vous enferme dans les plus petites appartenances, mais c’est lui aussi qui peut vous libérer », comme l’écrit l’écrivain Amin Mâalouf.

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Tout n’est donc pas figé, à condition, avertit la présidente des Marianne, de « faire de la pédagogie pour une relation gagnant-gagnant ». On a besoin d’associations qui portent le débat sans complexe, mais pas forcément sur le mode militant ou moralisateur. Un champ d’action privilégié : la réalité du terrain. En discriminant par l’âge, la morphologie, l’origine communautaire ou la religion, la société française se prive en définitive d’atouts et de compétences, explique Fadila Mehal. « La diversité n’est pas un fardeau mais un cadeau ». Le credo des Marianne fera son chemin, ne serait-ce qu’en valorisant les parcours professionnels de femmes et d’hommes « qui sont là où on ne les attend pas ».

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Autant de propos qui ont rencontré un public particulièrement réceptif. C’est tel étudiant d’origine africaine confronté aux difficultés pour décrocher un emploi, et qui se demande s’il ne sera pas contraint de partir en Grande-Bretagne ou ailleurs pour entamer sa vie active. Ou cette femme maghrébine toujours embauchée pour des petits postes à répétition, ou encore ce participant qui vide son sac : « ce qui arrive dans les cités, c’est voulu ». Pour le prêtre catholique du quartier, la lutte contre la discrimination, « c’est une question de dignité ». Ces témoignages ont amené Fadila Mehal à aborder des pratiques discriminatoires hélas courantes. Ainsi des jeunes diplômés issus de la diversité dont la situation est, à ses yeux, plus grave que celle des non-diplômés, dans la mesure où le système français est fondé sur la méritocratie. Ces diplômés au chômage entérinent jusque dans leur chair la « rupture du pacte républicain ». Autre dérapage préoccupant, « l’ethnicisation de la délinquance », obstacle en matière de recrutement professionnel où les clichés et les stéréotypes restent tenaces. Aussi, face à un chef d’entreprise réticent à embaucher un jeune des cités, la pédagogie s’impose si on veut trouver des solutions de contournement. Car « il faut laisser parler les peurs, c’est le début de la réponse », affirme la présidente des Marianne. S’agissant de discrimination positive, remise au goût du jour en France depuis l’élection de Barack Obama, les quotas apparaissent comme une alternative peu envisageable, car « contraire à la République ». Mais s’il n’est pas question de s’enfermer dans une identité communautariste, il est nécessaire de mettre en œuvre des « mesures positives » en faveur de celles et ceux qui reconnaissent subir des handicaps. Pour rééquilibrer le déficit en égalité, une politique volontariste s’avère indispensable. C’est à ce prix que l’ascenseur social de la diversité sera en mesure de fonctionner.

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En 2007, les Marianne de la diversité avaient monté aux Mureaux, dans les Yvelines, une opération originale : les Trophées des Marianne de la diversité au féminin. A l’honneur, des femmes qui avaient créé leur propre entreprise, montrant par là leur capacité à produire de la richesse, ainsi que leur connaissance du monde des affaires, de ses rouages et de ses traquenards. Fadila Mehal propose une nouvelle édition à Aulnay-sous-Bois, au cours du premier trimestre 2009. Les quartiers négligés des pouvoirs publics recèlent en effet des pépites prometteuses. Allez, chiche !…

Jacques Bonnifait